Combien vaut notre création ?

Nous constatons, non sans amertume, le montant souvent dérisoire de l’Esquisse (ESQ) dans la part de la rémunération globale d’une prestation de maitrise d’œuvre.

Nous remarquons aussi que la production de faisabilités gratuites se banalise dans l’esprit de certains maîtres d’ouvrages : « Faites vos preuves, dessinez un projet, on verra bien si l’on va plus loin… »

Souvent estimée entre 5 et 10 % maximum du montant global de la rémunération, la part de l’esquisse revient essentiellement à l’architecte dans les groupements de maîtrise d’œuvre.

Sommes-nous alors rémunérés à la hauteur de nos efforts ?

Nos esquisses et nos faisabilités sont précisément le concentré de notre savoir-faire, de nos acquis, de nos capacités à produire un projet singulier et adapté avec une synthèse des contraintes et besoins. C’est précisément une ESQ qui permet de remporter un concours, une faisabilité qui permet d’orienter des décisions, des financements et bien plus… Alors pourquoi sont-elles si faiblement valorisées et pourquoi doit-on justifier, auprès des maitres d’ouvrage, que notre savoir a une vraie valeur ?

Contrairement à l’ESQ, une phase PRO mérite à elle seule entre 18 et 20% permettant une rémunération confortable aux bureaux d’études qui nous accompagnent et qui tirent souvent mieux leur épingle du jeu…

Et si seulement les maîtres d’ouvrages connaissaient notre processus de conception, celui qui ressemble à une naissance. La lecture du programme, la visite du site, les échanges avec les utilisateurs, toutes ces contraintes qui dessinent les limites de notre action et nos envies naissantes, nos premiers gribouillages, parfois hésitants, mais pas pour longtemps… Les dessins qui se précisent et prennent forme : l’apparition d’une coupe, d’un bout de façade, à côté du plan qui se construit.

Et ces moments de temps morts, de temps vides, de doutes, nos craintes de mal faire, d’être mauvais, ces temps où rien devient tout car le recul face au projet nous est nécessaire. Le retour dans nos familles, l’entrevue de nos amis et le projet qui ne nous quitte pas et qui se construit en cachette. Il prend son temps pour mieux apparaitre comme une évidence, comme un salut ! Et ce moment unique de jubilation et de joie : enfin le parti est posé ! Le vôtre, le nôtre, autant de partis que d’architectes car la réponse unique n’existe pas. Chaque architecte racontera sa propre histoire. Voilà ce qu’est l’architecture, c’est raconter une histoire vraie et pas n’importe laquelle, celle qui s’anime, celle qui prend racine dans nos connaissances, dans nos acquis, celle que l’on va raconter à nos clients et qu’ils vont croire pour faire ce bout de chemin ensemble afin de les laisser avec un ouvrage abouti, construit non sans efforts.

Puis, on va s’éloigner vers d’autres lieux, d’autres personnes et d’autres besoins et essayer d’écrire une nouvelle histoire.

Est-ce qu’un ingénieur, aussi sérieux soit-il, vit aussi intensément les projets sur lesquels il planche ? Est-ce aussi laborieux pour lui qui ne part jamais d’une page blanche ?

Combien vaut notre création ?

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