Règles de l’Art

La maîtrise d’ouvrage privée, souvent affiliée à des acteurs financiers, bouleverse aujourd’hui l’acte architectural en y développant son cœur de compétence : la gestion du risque.

Comme toutes les autres professions, notre métier s’est « judiciarisé ». Les notions de prévention et de sécurité des personnes bien sûr, mais aussi d’éventuels désordres constructifs, ou risques de recours sont devenues prééminentes, au détriment de la qualité de vie et de l’environnement.

L’assurance est au cœur de ce processus. Jadis à l’initiative des DTU, sorte de manuel de la construction standard, avec la création des bureaux de contrôle, la voici au premier plan. Le même bureau de contrôle, que nous avons connu comme partenaire souvent précieux dans la recherche de solutions à des questions réglementaires, est devenu censeur en chef.

La valse des chaises tournantes de responsables de projet jetables n’apporte plus de disponibilité, plus de suivi, plus de compétences, pour brandir un RICT- type pré-rempli lardé de réserves la veille du dépôt de permis… Or la plupart des Maître d’Ouvrages exigent aujourd’hui cette pièce contractuelle vierge en préalable à toute démarche. Combien d’entre nous ont vécu cette situation ?

Or l’acte de création d’un objet aussi complexe qu’un projet architectural, qui implique autant d’acteurs différents, est avant tout un processus de dialogue, d’échange, et de négociation. On ne peut le résumer à une check-list abstraite d’articles compilés dans le désordre…

… Surtout quand la multiplicité des règlements, pondu par une pléthore de législateurs issus de ministères et organismes mixtes divers, n’a pas fait l’objet d’une mise en cohérence. Un exemple entre mille autres : les prescriptions d’accessibilité – continuité entre espaces publics et accès au bâti – contredisent celles de la sécurité contre les inondations – PPRI -, qui imposent souvent des planchers rez-de-chaussée surélevés au-delà d’un mètre. Cette absurdité a produit dans toutes les villes sujettes à ce type de contraintes un véritable massacre. La production architecturale de tous ces halls d’entrées représente une véritable honte pour notre profession. Combien d’autres exemples serions-nous en mesure de recenser ? Comment avons-nous pu accepter la relégation de la loi de blondel – calcul des escaliers – après 5 siècles, par un obscur fonctionnaire inconscient de la portée universelle de sa décision ? Comment pourrait-on assimiler d’autres réglementations en gestation sans notre expertise, à commencer par l’imminente RE2020 ?

Et si la seule compétence transverse capable d’optimiser « en même temps » la sécurité des personnes, de garantir une bonne accessibilité à tous, de produire une architecture respectueuse de l’environnement, du paysage, et de bien la construire dans les « règles de l’Art » à travers un projet architectural juste et enthousiasmant, était l’Architecte lui-même ? Sa vocation n’est-elle pas centrale, comme Chef d’Orchestre de l’acte de bâtir ? N’a-t-il pas un devoir d’innovation, contraire pas essence à toute notion de « conformité » ?

L’assurance est déterminante ? Soit. Étudions comment reprendre cette place en partenariat avec notre mutuelle, la plus compétente en la matière : la MAF. Constituons une base de données « accréditée » en ligne, en commençant par mutualiser les Atex aujourd’hui à usage unique, en étudiant et en assimilant la culture constructive d’autres pays – Japon ou Suisse par exemple, où les mêmes assurances sont actives -, avant d’aller plus loin. Revendiquons la place transverse des Architectes dans toutes instances décisionnelles à l’œuvre, gouvernementales et Mixtes.

En un mot : prenons-nous en main. Mettons à jour nous-mêmes les « Règles de notre Art ».

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